PUDUCHERRY

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30/11/2008 - Pays : Inde - Imprimer ce message Syndication :
La vieille maison, la Villa Pondichéry, où je loge, jouxte l’église St François Xavier, et ce matin de dimanche, les prières et les chants religieux se succèdent depuis 7 heures. Ma chambre est peinte à la chaux, la porte massive et les volets intérieurs sont peints d’un vert introuvable, et il y a au sol un magnifique carrelage en tomettes ocre rouge. Un large lit 180 x 200 aux montants de teck occupe le milieu de la pièce, deux tables de nuit, deux lampes de chevet, une petite armoire, une peigneuse dont le miroir doit dater de Suffren, deux gravures défraîchies encadrées. Il y a six prises électriques ! Pour aller aux toilettes, il faut traverser un salon, avec fauteuils, table basse recouverte de revues de mode françaises, tapis, petits chevaux à bascule, bibliothèque remplie de livres laissés par les voyageurs de passage, pleins de bibelots et de tableaux. L’endroit est paisible. Je suis sur le pas de la porte, un gars m’interpelle : « Bonjour, etc.… ». C’est le manager. Un gars d’une quarantaine d’année, genre cool, un air qui me fait penser à Noah en passe de devenir sâdhu. Il me prodigue plusieurs conseils pour ma visite de Pondichéry et me dit de revenir vers midi, il m’indiquera comment aller à un village de pêcheurs. Promenade dans la ville coloniale, le quartier français étant désertique ( = romantique dans les guides…), je migre vers MG Rd ( = Mahatma Gandhi Road) dans laquelle se tient le marché du dimanche. Le long de la rue, des marchands exposent des objets de récupération, des fringues ou des gadgets vite sortis des cartons (quelques uns « made in China »). Et il y a le marché Goubert, et sa section poissons : il n’y a que des vendeuses (les hommes sont-ils à la pêche ?) ; elles marchandent ferme car il y a eu la tempête et le poisson est cher. Une fois vendu, le poisson est vidé gratté sur une pierre, la tête et les viscères laissées à même le sol. Le marché doit s’ouvrir tôt, vu les tas qui débordent dans la ruelle. Du côté des poulets, la chaîne alimentaire est encore plus courte : le gars attrape le poulet, l’assomme un bon coup, le plume dans une machine dont on imagine mal ce qui peut se passer dedans ; le poulet, occis, tout nu, est haché en menu morceaux sur un billot et les viscères sont jetées aux chiens qui traînent par là. Dieu est bon. La ville est un curieux mélange d’atmosphère à l’indienne, bruyante et choquante, et d’atmosphère à la villégiature franchouille, oisive et paroissiale. Aussi bizarre que cela puisse paraître, le ton change d’une rue à l’autre. Ici les rues sont en plan romain, « la garnison au centre ». Les rues en angle droit, la place d’arme transformée en parc, chaque quartier a sa destination : quartier français, quartier musulman, quartier hindou. Bon ça c’est pour le quartier historique, car dès qu’on sort au-delà du boulevard circulaire, retour précipité dans le système indien. Le bord de mer est un peu décevant, comme si la ville tournait le dos au large. Pas de port mais un phare. De gros blocs de basalte protègent l’avenue du ressac, et les gens viennent y goûter la brise rafraîchissante, les femmes, saree au vent, les hommes portables à l’oreille, les mômes cherchant des crabes. Quelques marchands de fruits, joliment découpés. Le ciel s’assombrit, quelques gouttes d’eau, puis l’averse. Soudain, deux motos (deux passagers chacune) se rentrent dedans : Aie !! Les quatre se relèvent, tâtent leurs côtes pour voir si le compte y est, et aussitôt s’engueulent car c’est forcément l’autre qui a tord. Et ils en viennent aux mains, paf et bing ! On relève les motos qui n’ont rien, elles non plus, et on s’en va car l’averse redouble d’intensité… Rickshaw pour la gare routière où je cherche à m’organiser pour demain. En fait, ça semble encore plus confus qu’hier. Je repars vers ma guesthouse romantique mais Noah m’a fait faux bond. J’irai donc au village de pêcheur par moi-même ; et me voilà parti. Derrière un long mur vert, un cimetière. C’est le cimetière des Français de l’époque coloniale, puis de tous les chrétiens de la région. Les tombes, pour certaines « hébergeant » des gens décédés en 1850, se chevauchent les unes les autres, la mousse envahissant les plus vielles. Des noms bien d’cheu nous : « Chevallier, Camard, Tardivel ,… », mais aussi des noms mixtes « Moutouranavalla, Antoninio, D’Cozta,… », un prêtre, délégué au culte dans les Territoires des Indes françaises, une femme de gouverneur, etc… Bon, tout ce monde est prêt pour le Rendez Vous, dans ce quartier chaotique, oubliés de tous. Un peu plus loin, je m’enquiers de ce village de pêcheur auprès d’un gars, plutôt bien mis, et après mon anglais dérisoire, il me répond en français parfait que je ne suis pas dans la bonne direction, etc… et il me propose de me remettre sur les rails avec sa moto et me conduit à l’entrée de la route y conduisant. Il me dit qu’il tient une guesthouse pas loin de la Villa Pondichéry, la Maison Blanche, au No 14. Le village de pêcheur est en réalité un important bidonville : les maisons en dur, sont plutôt vers l’intérieur des terres, les baraques en paillotte, plutôt sur le front de mer, derrière la digue en gros rochers de basalte (qui pour l’occasion, sert de chiottes aux habitants). Misère, misère. Dans les paillottes, c’est plutôt succinct : un coin pour dormir, et un mètre carré pour faire la cuisine à même le sol. En me voyant passer, les mômes, ravis, me suivent en réclamant des photos. Je longe la mer en parcourant la digue (odorante d’un mélange d’iode et de merde - disons le mot) et quelques mini temples au milieu de ce chaos, pour juguler le sort funeste qui pourrait venir de cet horizon incertain. Plus loin sur le bord de mer, encore des paillotes, des gens au large sourire, s’escrimant à laver le linge inondé par la tempête, faisant sécher les rares objets de la maison ayant une petite valeur (il y a eu une grosse averse cette nuit ; j’étais tranquille dans ma maison de famille romantique, mais eux ?...). Retour à la Pondichéry chérie. J’ai sauté le repas, mais j’ai une soif… Ici on vend des bières fraiches pour 48 Rp (pas de taxes dans ce territoire !). Je fais une pause dans la cathédrale fraîche et ventilée, mais je me tire vite fait car un prête harangue ses ouailles d’un ton trop agressif pour mes oreilles. Promenade sur le front de mer, une fois encore, et je m’accorde une pause dans un bistrot disposant, à l’étage, d’une terrasse recouverte d’une paillotte. Air frais et prise électrique : c’est pourquoi dès ce soir, le blog sera mis à jour !!!

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Jean Paul C


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