MUMBAI

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23/11/2008 - Pays : Inde - Imprimer ce message Syndication :

Ce matin, réveil à 6h. Pas question de rater le rendez-vous cinéma ! Casse-croute.

 

Je regarde à travers une déchirure dans le voile fermant la fenêtre de la douche pour cause de travaux de ravalement de façade. Le soleil se lève sur la brume qui a envahi la baie.

 

Dehors, la rue est jonchée de détritus divers que se disputent les chiens faméliques et les corbeaux. Des familles dorment encore, à même le trottoir, des enfants s’agitant sous les couvertures en haillons. Devant des magasins au rideau de fer encore baissé, des hommes dépenaillés attendent, accroupis, une hypothétique embauche. Un gros gars nerveux s’agite l’air énervé et le ton comminatoire, engueulant ses employés peu actifs. Les marchands de journaux, à quatre pattes sur des piles de journaux, trient l’édition du dimanche, dont chaque exemplaire est épais comme un annuaire. Le long de Colaba Causeway, les étals de marchands de souvenirs servent encore de dortoir.

 

Le truc local pour éloigner les mauvais esprits : un citron-lime, quatre piments reliés par une ficelle et accrochés à l’objet à protéger : cadenas, pare-choc de voiture, charrette à bras…

 

Devant le MacDo, le recruteur (Casting models co-ordinator selon sa carte) arpente le trottoir, le portable à l’oreille. Les candidats au tournage arrivent petit à petit dont des filles bien pimpantes dans ce décor poussiéreux. On nous conduit à un petit autocar garé à deux pas, devant le YMCA. Dans ce quartier plutôt calme, aux résidences ombragées, une prière retentit par haut parleur…

 

Le car se remplit petit à petit d’un échantillon un peu hétéroclite d’occidentaux. Tenues mi-plage, mi touriste. L’un d’eux (un Autrichien) s’est rasé la tête (mais ceci est compensé par une barbe en pointe) et arbore un dothi coloré  ; une fille (une Espagnole) au profile d’anorexique et faisant la gueule, pleins de boucles aux oreilles, au nez, au menton, et des logs plein le crâne. Un couple de Hollandais propres sur eux (arrivant d’Iran), des Allemandes, comme si elles débarquaient de la plage, etc ; on est 26.

 

L’autocar part à 8h40. On remonte De Mello Rd le long des bidonvilles, changement de décor. Des mômes chahutent sur la chaussée tandis que les parents s’étirent au soleil sur le pas de leur cabane.

 

On longe la voie ferrée et les cabanes de plastic et de ferrailles. Puis l’autoroute vers le Nord où les quartiers semblent plus riches.

 

On dépasse l’embranchement de Filmcity. Plus loin, on quitte l’autoroute pour traverser une zone résidentielle. L’autocar s’arrête devant l’entrée d’une école universitaire plutôt accueillante. Comme c’est dimanche, les étudiants sont absents, mais c’est comme s’ils allaient revenir bientôt. Une équipe de tournage a investit les lieux : des appareils et des échafaudages sont accumulés dans le hall d’entrée ; la salle, qui sert habituellement aux jeux des étudiants, fait office de salle de maquillage et d’habillage ; la popote a pris ses quartiers dans le jardin au gazon coupé raz. Des filles se font maquiller par un gars qui choisit ses couleurs dans une vieille boite à outils, des garçons essayent des complets vestons.

 

Après nous avoir offert le café, on demande chacun à notre tour de nous habiller en costume de ville (certains peuvent garder leurs sandales…) ; c’est ainsi que l’Autrichien venu ici pour se promener dans la peau d’un sadhu, se retrouve en costard cravate, suant dans ce rôle de composition. Maintenant, il fait très universitaire ! Quant à moi, on me trouve bien ainsi avec ma belle chemise encore repassée.

 

On nous fait monter à l’étage de l’école, là où la scène doit se dérouler. C’est le couloir qui mène à la salle de conférence. Il est jonché de matériel ; les équipes d’installation règlent les caméras, les rails de travelling, l’éclairage. Des garçons circulent, l’un avec des cellules pour tester la lumière, l’autre avec un sac rempli de coton pour enlever la sueur des visages, un autre avec un pinceau pour effacer les petits défauts de la peau. On a droit à un thé épicé. Un type prend des tonnes de photos. Un autre pose des bouts de ruban adhésif sur le sol.

 

Un type, qui doit être le coordinateur de l’opération, distribue les rôles à chacun. Il y a des figurants qui doivent se positionner dans le couloir pour regarder passer le héros du film : il s’agit d’un professeur qui vient d’apprendre que son fils vient d’avoir un accident et qu’il est dans le coma, et lui, il fait la gueule bien sur, et les gens doivent le regarder passer avec compassion. On me choisit pour un petit rôle avec répliques : le gars, en costume sombre pour la circonstance, se dirige vers moi l’air hagard et s’arrête en me regardant dans les yeux ; je dois lui mettre la main (gauche) sur l’épaule (droite) et je dois lui dire : « Are you sure about this ». un moment (compter 3), je dois reprendre : « We are very sorry for what happened », une seconde : « It was infortunate ».

 

Le gars me passe le script et je lis le contexte de mes fameuses phrases – il y a un script écrit et un script en bandes dessinées à l’ordi. J’émets quelques doutes sur mon accent, mais le gars me rassure : ici, tout le monde a de l’accent. J’apprends mes phases et bien sur, en les prononçant, j’ai soudain comme de la purée de pomme de terre dans la bouche. Je ne m’attendais pas à devoir causer et en anglais en plus ! Le gars me fait répéter plusieurs fois en se mettant à la place de l’acteur. Ca marche : je sors mes phrases plusieurs fois, avec la tête de circonstance, et le gars est satisfait. On fait venir l’acteur, un gars trapu à la cinquantaine moustachue, et je répète avec lui. Lui n’a rien à dire : il doit faire une tronche sinistre et me regarder comme si j’étais un alien !

 

Entre les répétitions, on fait un peu connaissance et on rigole bien. En apprenant que je suis français, il me dit qu’une fille française lui a appris le français, mais il a tout oublié ; je lui réponds « sauf de la fille » et tout le monde éclate de rire. Je suis moins tendu et finalement, je m’aperçois que ce n’est pas trop difficile de faire la gueule (c’est comme pour la chemise, je n’ai pas besoin de faire de la composition !).

 

Les prises de vues commencent : on doit en refaire plusieurs car les figurants du couloir transpirent trop, il faut les tamponner au coton ; puis une fille fait trop la coquette, alors qu’elle devrait être consternée ; l’Autrichien, mal dans sa peau d’universitaire, doit changer son rictus contre une tête consternée. Pour mon compte, je dois refaire deux fois l’action, pour des questions d’excès de précipitation dans l’action (on ne se refait pas !). On fait des prises de loin, de près, de côté ! Je dois débiter mon topo une douzaine de fois. Finalement, tout le monde est content. On regarde sur un moniteur le résultat final, et finalement ça ferait un bon feuilleton télé. Le gars qui s’occupe du montage est content lui aussi. Encore quelques prises de vues et le déjeuner est servi dehors sur le gazon : un plateau dont les divers compartiments sont remplis de riz, de sauces bien épicée, de poulet et de dal.

 

Les séances reprennent dans la salle de conférence mais ça devient longuet. « L’acteur moustachu entre dans la salle, le public se lève et l’applaudit ». Apparemment, ça ne gène pas la mise en scène que ceux qui étaient dans le couloir dans la prise précédente se retrouvent déjà dans la salle… Un des figurants, genre débraillé des plages, se fait recoiffer d’autorité (vaporisateur, peigne et tampon d’ouate) sous l’hilarité générale devant son manque d’enthousiasme!

 

« L’acteur fait un discours devant l’assemblée tétanisée, car il se reproche la mort ( ?) de son fils ; après quelques mots, il s’affale en pleurant ». Bouhh que c’est triste ! Bon, on rigole bien tout de même, ce qui énerve les assistants : l’acteur n’arrive pas à retenir son texte, le décor (des photos de puits de pétrole) dégringole, un gars débordé par un fou rire,…

 

Entre les prises de vues, on bavarde sur les expériences de chacun en Inde.

 

Les prises de vues se terminent vers 17h ; à 18h on nous distribue notre pige : 500Rp chacun (8¤) et on reprend le car à 19h, arrivée au MacDo de Colaba 20h.

 

Quelle journée !

 

Une question me taraude : dois-je déclarer mes émoluments à l’URSSAF ?

 

 

 

 


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Jean Paul C


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