Jinghong (Yunnan)

l
03/02/2008 - Pays : Chine - Imprimer ce message Syndication :

Au lever du jour, après avoir laissé mon sac à l’hôtel (Sara m’avait écrit un mot pour qu’on me comprenne à la réception), je suis parti en trottant sous les palmiers des avenues désertes de Jinghong pour être à 8h au Forest Cafe ; Sara m’attendait, la clé du rideau de fer à la main, tout en mangeant son riz aux légumes avec les baguettes (il faut le faire !).

On saute dans le minivan qu’elle a réservé et on va chercher à leur hôtel le couple d’étudiants (toujours sa barquette de riz à la main) qui déposent leur gros sac à la consigne, puis on repart dans la brume par une route de campagne vers les collines du Nord Ouest de Jinghong, rive gauche du Mékong. On finit par une piste qu’on suit pendant une heure, pour atteindre un village reculé aux habitations traditionnelles (maisons en bois, sur pilotis, toits en tuiles, sol en bambous ou en épaisses lattes de bois, cuisines à même le sol dans un coin de la pièce principale).

Sara prend des renseignements auprès des villageois, discute avec un type qui sera notre hôte pour la nuitée, et on part direct sur un sentier, en bas du village, alors que la brume se dissipe.

Après avoir traversé un pont en bambou, plutôt fragile, on grimpe une pente assez raide couverte d’une forêt de bambous géants, leur section faisant bien 12cm et leur hauteur plus de 20m. Puis on se retrouve au bout de deux heures dans une forêt non exploitée ( forêt primaire ?) où les arbres vont très haut dans le ciel, et où le sol est recouvert de fougères et d’arbustes aux branches étrangement noueuses. On teste plusieurs sentiers (plutôt des traces) dont certains n’aboutissent pas. Les jeunes ont un GPS et on essaie de suivre notre itinéraire dessus... Mais il y a des indications (en chinois) qui ne correspondent pas à la réalité !A un moment, comme il n’y a plus de sentier et qu’on ne retrouve plus comment on est venu, on casse la croute au pied d’un énorme fromager dont les racines géantes nous servent de sièges.

Une fois requinqués, on décide de couper court à travers de la jungle (c’est un bien grand mot pour cette végétation plutôt clairsemée) via un sommet pour tenter de retrouver le sentier de départ. La grimpette est plutôt rude et glissante (j’étais devant, et Sara fermait la marche), de même pour la descente sur l’autre versant. Enfin, au bout d’une heure, après s’être accrochés dans les ronces, emmêlés dans les toiles d’araignées, embourbés dans les fondrières, on retrouve le sentier.

De ce point, on explore une autre possibilité de trek en longeant vers l’aval le cours d’un ruisseau. On se retrouve rapidement dans une cuvette au fond d’une vallée très sombre et très humide. On se sort de là par le haut ( !) en remontant une des rives et on a atteint une plantation d’hévéas. On en longe les contours sur plusieurs kilomètres, puis on traverse un passage délicat où des bucherons ont taillé dans la forêt pour élargir la zone de plantation. Il faut escalader les arbres abattus en travers de la pente et à moitié carbonisés. On tombe sur l’habitation des dits bucherons qui nous invitent à manger (ici, dans les campagnes reculées, on ne dit pas bonjour, on dit ?chi fa ? ?(tu viens manger ?).

Les bucherons disposent d’une magnifique et gigantesque tronçonneuse thermique, mais c’est la seule concession à la modernité : maillots de corps troués, baskettes éventrées, pantalons de jogging couvert d’huile, cabane en tiges et feuilles de bambous, trois cailloux de rivière pour le foyer, quelques gamelles cabossées, la moitié de l’espace occupé par des paillasses – un empilement de fringues et autre – servant de lit. Bref le campement. On mange avec eux de bon cœur, mais les jeunes de Shanghaï sont tout de même surpris par le dénuement de ces hommes !  

A partir de là, la randonnée est moins aventureuse (à part le début où il nous faut retraverser des arbres abattus, mais avec cette fois une rivière en dessous...) : on suit les chemins des bucherons, puis une piste, puis une route pour retrouver au bout de 2 heures notre village. En cours de route, on cueille une énorme papaye qu’on dégustera une fois arrivés à notre résidence. En cours de route, on a eu plusieurs discussions au sujet de l’itinéraire à cause du GPS qui indiquait une direction un peu différente de celle que je pensais.

Arrivés à la maison, la fille de Shanghai (elle s’appelle Zhaobi) me dit « the GPS cheats us ! » (le GPS nous a eu) : comme ils l’avaient tripoté dans la voiture bien avant le village et le début du sentier, et le repère du départ de l’itinéraire GPS avait été enregistré bien en aval du point de départ du sentier... Comme quoi, la technique c’est bien, si on sait s’en servir. J’ai remarqué aussi que dans les zones un peu encaissées, il n’y avait plus de signal.

Pendant qu’on discute de tout ca, qu’on se débarbouille sous la douche (ici toutes les maisons ont des douches solaires, et ce qui est curieux, c’est qu’elles sont complètement construites sur l’extérieur du corps de maison), qu’on aille faire un tour a la seule boutique du coin qu’un papy ouvre spécialement pour nous (on y vend des bières, des savons, des cigarettes, des briquets, des sachets de condiments sous vide et c’est tout), notre famille d’accueil prépare le repas : la jeune femme accroupie devant ses gamelles qui chauffent sur des braises, et son père qui nous prépare du riz gluant pour le petit dej. Il s’agit de remplir avec du riz des tubes de bambou ( = entre deux nœuds), de les compléter avec de l’eau, d’en boucher l’ouverture avec un bout de feuille de bananier, de laisser reposer la nuit, puis de les rôtir sur le feu au petit matin.

On passe à table qu’on partage avec le maitre de maison seul, car les femmes de la maisonnée ne mangent pas avec les invités... On apprend que ce sont des Bulang (originaires de la proche de la Birmanie), qui ont déménagé plusieurs fois et ont atterri dans ce village Dai, car ici, avec les plantations d’hévéas, il y a du boulot.

Pendant notre repas, les femmes ont sorti les matelas et les couettes d’une armoire qui semble sortie de Conforama, ce qui va bien avec la large télé, mais qui détonne du reste du décor : photos de mariage et de famille et autel des ancêtres. La discussion à la lueur des braises et d’une lampe 20w, s’apaise vers 22h, et on se couche dans la grande salle alors que nos hôtes vont se retrouver dans leurs chambres, c’est à dire derrière le panneau Conforama. On dort comme des souches (à ce point que je me fais bouffer par des betes sans même m’en apercevoir...).

 

 

 

 


Imprimer ce message

Syndication :

Jean Paul C


Dans ce carnet

Connection

Newsletter / Suivi

Powered by
Kikooboo.com
(Carnet de voyage / blog gratuit et Assistant de voyage)