Jinghong - Damenglong (Yunnan)

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06/02/2008 - Pays : Chine - Imprimer ce message Syndication :

Je n'ai pas trainé au lit. Un peu sous la douche...

Dehors dans la rue, je jette ma bouteille de vin vide dans une poubelle, et, aussitôt, un cireur de chaussure la récupère à grands cris. Pas moyen d'être discret...

A 9h, petite ambiance en ce matin de nouvel an chinois à la Gare Routière No 2. Au guichet, on me dit meiyo = (yapa) pour prendre un bus pour Damenglong ! Pourtant il y a un bus au quart plein avec son écriteau Damenglong sous le volant du conducteur. Je m'y installe et j'attends. Quelques personnes montent, ce qui me rassure. L’aide conducteur nous fait payer. Il y a donc des bus pour lesquels il est inutile d’aller faire la queue au guichet !

Le bus part à 9h45, longeant nonchalamment les avenues presque désertes pour recruter d'éventuels voyageurs. Au bout de la ville et après avoir dépassé l'aéroport (où je dois être demain midi), le bus quitte la route goudronnée et s'embarque sur une piste bosselée et poussiéreuse. La route est en construction. Mais elle est comme si on n'avait plus eu de sous pour la terminer et que les travaux étaient suspendus depuis cinq ans... Les passagers sautent littéralement sur leur siège car le chauffeur ralentit à peine. La poussière envahit tout. On traverse des villages eux aussi couverts de poussière.

Au bout de deux heures et demie de saute mouton, on arrive à Damenglong. C'est un bourg commerçant au milieu d'une vaste cuvette fertile bordée à l’horizon par des montagnes à l'échine arrondie. Au delà, c'est la Birmanie. Mais ici, on est déjà un peu dans l'ambiance birmane : sur la route, chaque village possède sa pagode dorée et des stupas blanc trouent la forêt par ci, par là. A Damenglong, les moines en toge safran ou brune circulent dans les rues et quelques femmes s'enduisent le visage de poudre claire. Au marché, les montagnardes étalent leurs légumes à même le sol, accroupies, turban sur la tête, fumant la cigarette, parfois un bébé dans le dos. Des hommes, casquette mao et vêtements gris, jouent aux cartes, et les enjeux se font par billets de un yuan (ici on dit kwai), les spectateurs criant leur admiration aux bons coups. Il y a la queue chez les coiffeurs et chez les marchands de pétards et de feux d'artifice.

 Je m'arrête devant un resto/gargote où j'ai du mal à me faire comprendre. Je montre sur l'étal des grillades, un paquet dont l'enveloppe est en feuille de bananier. On verra bien ! Je me choisis une table tout au fond où il y a une terrasse au dessus d'une rivière, transformée en égout (comme souvent en Chine). Des hommes attablés devant un multitude de plats, fêtent bruyamment la nouvelle année à grand renfort de toasts à l'alcool, et certains devront être raccompagnés...

Le plat est très bon ! Un hachis de porc avec des herbes et du piment. Excellent ! 

 Dans cette ville, il y a deux pagodes à visiter. La première (la pagode noire - en fait, elle est peinte en or...) se trouve à la sortie sud du bourg, et le chemin qui y mène est juste en face de mon resto. Le soleil tape fort et la montée pour se rapprocher de la Sérénité est rude... En chemin, un garçon m'interpelle et décide de me suivre. Il ne me lâchera pas d'une semelle durant ma promenade. Il ne cesse de me poser des questions, qu'il conclut lui-même, désabusé,  par "ti pudong" (= comprends pas).

Le lieu semble à l'abandon, sous le regard amusé d'un Bouddha couché, impassible derrière ses barreaux... des décors sont éparpillés un peu partout, trainant dans la poussière, les coussins  et tapis de prière sont éventrés par l'usure, la peinture des murs s'est écaillée et noircie par les moussons successives. Le môme shoote dans les pots de terre cuite qui servent aux offrandes et aux encens ;  à proximité d'un édifice sacré, git un tas d'ordure coloré dont les sacs en plastique s'animent sous la brise. Et, à deux pas, les chiottes...

Le môme en a marre de trainer avec moi et se tire. J'en profite pour récupérer dans le vaste tas d’ordures des décors en tissus brodés main, laissés à l'abandon...

Retour en ville et je fais à pied les deux km sur la route poussiéreuse vers le nord pour rejoindre la Pagode Blanche de la Pousse de Bambou de Manfeilong, qui serait la plus ancienne de cette région. Le long de la route, c'est le royaume de la récup : ici des entrepôts de vieux pneus, en face, un vaste terrain où s'entassent des montagnes de bouteilles en plastique vides, plus loin des tas de planches plus ou moins gondolées.... Le tout sous une épaisse poussière. Ce qui n'empêche pas quelques familles de manger gaiement autour de grandes tables rondes placées devant leur maison.

Arrivé au village de Manfeilong, je m'égare un peu dans les ruelles : les maisons sont traditionnelles (en bois sur pilotis) et c'est un  plaisir de voir les déclinaisons du motif du paon sur les façades ou sur les toits. Un immense escalier (ombragé cette fois) conduit vers la pagode située au sommet d'une colline au milieu d'une plantation d'hévéas.  On la découvre au dernier moment après avoir esquivé deux chiens féroces à quatre têtes, des lions géométriques prêts à vous sauter dessus, et passé un portique donnant sur la place. Un ensemble de stupas se dresse comme un énorme gâteau d'anniversaire (ici, blasphème), encadré par divers bâtiments de prière et de reliquaires. Dans chaque stupa, une niche abrite un  ou deux bouddhas dorés, affublés de fleurs en plastique. Sous un des stupas, un rocher creux doré serait l'empreinte de Bouddha himself. D'immenses palmiers au tronc effilé oscillent au vent, des dizaines de clochettes accrochées sur les pointes des stupas saluent son arrivée - et la mienne ! et cet air frais me fait du bien : je suis en sueur.

Le calme règne : le paon en béton surveille un groupe rassemblant un grand bouddha efféminé et ses quatre disciples, des arbres proposent leurs grosses branches brillantes sans feuilles comme reposoir à quelques oiseaux... Pas l'ombre d'un moine dans ce lieu sacré : ils sont probablement en ville avec leur famille pour fêter la nouvelle année... Je me laisse à méditer dans ce lieu propice...

Un vacarme me sort  brutalement de ma sieste : trois 4x4 (=48) poussiéreux s'arrêtent brutalement, laissant s'échapper une marmaille criarde, et des adultes s'exclamant le verbe haut et claquant les portières. Et la troupe, de circuler dans l'endroit, s'amusant de voir les mômes escalader les lions, tripoter les objets rituels, taper à grands coups dans le gros tambour en bois et en peau. Je m'éclipse par l'escalier.

Arrivé sur la route, j'attrape un bus qui passe juste à ce moment. Le conducteur me dit un truc que je ne comprends pas, et au bled d'après, il me faut changer de bus. Le nouveau bus a du mal à se remplir : le chauffeur qui tient à repartir rempli, fait trois fois le tour du bled !! et après 45mn de ce manège, il part enfin vers Jinghong. Poussière, cahots...

Soudain, une bagarre éclate derrière le chauffeur entre une femme et son voisin : elle crie aigu et lui assène de grands coups sur la tête. Sur ce, le type assis à côté de moi, et qui devait être son mari, se précipite sur le voisin de sa femme, lui donne à son tour des baffes et des coups de pied brutaux. Les passagers approuvent et engueulent le type à présent allongé dans la travée centrale : il a le regard trouble et de la mousse sur les lèvres. Ca gueule dans le bus. Le type, visiblement déconnecté du monde réel, devait s'être rapproché un peu trop de sa voisine... Arrivé à cent mètres d'un village, le car s'arrête, et trois types, dont le mari, empoignent le gars et vont pour le jeter hors du car. Le gars résiste, empoigne d'une main le pied de son siège, et de l'autre, la pipe à eau qu'il avait caché dans son sac, et qui ne devait pas contenir que du tabac. Mais les autres le font lâcher prise, et le voila affalé dans la poussière sur le bas-côté de la route !! Ses sacs et sa pipe restent dans le car, alors que celui ci redémarre...

Sur la banquette voisine, un gars me fait des gestes exprimant que l'expulsé est un mauvais citoyen... et ponctue son discours par un fort raclement de gorge et un crachat fort honnête. Et en suivant, il me propose une cigarette...

Pas d'autres faits divers à signaler jusqu'à Jinghong.

En ville, toutes les devantures de magasins sont fermées par les volets roulants, quelques propriétaires mangent sur des tables basses avec la famille devant leur boutique, les enfants faisant éclater des pétards.

La nuit tombe et la ville retentit des rafales continues de pétards aux bruits de canons, et s'illumine des feux d'artifice. A croire que chacun y va de son apport personnel. C'est la guerre, je rentre à l'abri à l'hôtel !
Demain avion pour Kunming

 

 

 


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Jean Paul C


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