ISMAILIA - PORT SAID

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07/02/2012 - Pays : Egypte - Imprimer ce message Syndication :

Un temps gris, humide et froid a envahi le nord de l’Egypte. Ismaïlia est une grande ville, sise au milieu de canal de Suez. Sa région est irriguée par des canaux apportant de l’eau douce du Nil.

Promenade en ville en fin de matinée après un sommeil réparateur. La ville d’aujourd’hui contraste avec la perception que j’en avais eue hier au soir. Les rues sont presque vides, grises de poussière et les ordures trainent. Cependant les larges avenues bordées d’arbres, le paisible canal d’eau douce longé de pelouses et de kiosques à l’abandon, compensent cette impression. La ville a été fondée lors de la construction du canal, et c’est là que résidait F. de Lesseps et son armée d’ingénieurs. Il en reste donc un peu quelque chose. Sa demeure reste close. Elle a un cachet « maison de villégiature sur plage normande ». De l’autre coté du carrefour, une grande mosaïque assez récente commémore l’inauguration du fameux canal. On y voit comment l’artiste local se représente les Françaises de l’époque.

Je me dirige vers le musée. En passant devant un genre de grand parc, je suis hélé par des gens qui me demandent ce que je cherche. On discute ; dans un anglais approximatif, l’un d’eux m’explique où se trouve le musée, et me propose de visiter la maison de de Lesseps. Il téléphone de sa cabane, mais, déçu, il doit décliner son initiative, son interlocuteur n’ayant pas l’air d’accord. Du coup, il téléphone au musée pour les prévenir que j’arrive : en effet ça semble nécessaire car la rue qui y mène est barrée à la circulation par des barbelés et des chicanes…

Le musée (dont le prix d’entrée - 15 EGP - a triplé depuis la rédaction du guide) consiste en une grande pièce proposant au visiteur une quantité de vitrines d’un autre âge. Elles contiennent de petits objets représentatifs de toutes les périodes de l’histoire de l’Egypte. Statuettes, amulettes, vasques, etc. Une mosaïque de l’époque grecque représente les turpitudes d’Hercule sous l’effet du vin, avec une morale : « l’homme doit éviter de boire du vin pour se protéger des mauvaises actions » (traduction du grec en anglais approximatif, puis par moi, tout aussi approximatif, en français). Alors que je photographie les stèles antiques dans le jardin du musée, un des gardiens me demande de le prendre en photo ; mais son chef rapplique aussitôt et l’engueule, un truc du genre « ça va pas la tête ».

A l’est du musée, c’est le quartier des maisons « coloniales ». Toujours ce côté résidences d’été. Certaines d’entre-elles sont sévèrement gardées, sous surveillance vidéo et entourées de barbelés. Quelques huiles se les sont réservées.

Retour à la gare vers 15h où j’achète mon billet de train pour Port Saïd (4 EGP). Sur le ticket, le départ est prévu pour 17h30, alors qu’on m’avait indiqué 16h. Je vais voir un contrôleur qui m’amène au chef de gare lequel dispose de quelques mots d’anglais. Discussion surréaliste entre moi, lui et son aide, pour connaître l’heure du passage du train et aussi sur quel quai. On se met d’accord sur 16h, quai 2.

Je récupère mon sac à l’hôtel où le concierge borgne regarde avec avidité un film d’horreur américain.

Je me pointe à 15h30 sur le quai 2 où est rangé un train tout déglingué. J’attends et m’interroge, mais peu de temps : arrive un train sur le quai 3 en direction de Port Saïd ! Je saute dedans et quand il repart, il est 15h45 !… Les trains égyptiens des petites lignes ayant la réputation d’être toujours en retard, peut-être que celui que j’ai pris est celui de 10h…

Je prends quelques photos du wagon et un gars me propose de m’assoir à côté de lui pour papoter. C’est un Egyptien (gros, la cinquantaine) qui parle italien et anglais. On échange deux trois mots.

Survient un trio de types en civil, dont un est armé d’un taser. « Passport ». Je lui montre mon passeport que l’un d’eux feuillette. Voilà qu’il le met dans sa poche et me dit avec les trois mots d’anglais qu’il connaît que je n’ai pas le droit de prendre des photos dans le train. Je lui demande de me rendre le passeport, il refuse et demande à voir mon appareil photo. Bien sûr je refuse et le ton monte. Le gars s’énerve, mais moi, encore plus. Pas question qu’il garde mon passeport. Je hurle qu’il me rende mon passeport. Ces cris, bien sûr, attirent du monde. Passablement remonté, je demande à mon voisin italophone de traduire mes paroles, ce qu’il fait volontiers, mais avec un peu d’appréhension tout de même. L’autre est accroché à son téléphone et parle avec Dieu en personne pour savoir ce qu’il doit faire. Une « différence d’appréciation de la situation se fait jour » entre les trois policiers en civil : l’un d’eux conseille au méchant de me rendre mon passeport, tant je crie dans le wagon des trucs du genre « c’est pas moi le problème ici, c’est des gens comme vous », « si c’est avec ces méthodes que vous comptez attirer des touristes » aussitôt traduit par mon voisin… Contrarié, il finit par me rendre mon passeport puis à quitter le wagon… Ouf, j’étais très énervé sur ce coup-là et j’en tremble encore !

Difficile de s’intéresser alors au paysage. Pourtant le train traverse une nouvelle zone désertique, pleine de dunes et longe le canal de Suez. De gros porte-containers y circulent dominant le train de leur hauteur. Je me retiens de les photographier…

A l’approche de Port Saïd, les trois gars sont de retour dans le wagon. Ma tension monte d’un coup : je dois m’attendre à un comité d’accueil à l’arrivée. En effet vers la sortie, une demi-douzaine de type à la mine renfrognée (en civil) me demande de les suivre là-bas, désignant un bâtiment de la gare, ce que je refuse bien évidemment. Re-cirque, je hausse le ton, mais personne ne comprend l’anglais. Petit attroupement, assez vite dispersé par les policiers (un gamin dépenaillé se prend même une claque au passage). Multiples coups de téléphone. Finalement arrive un type dont on voit tout de suite que c’est le chef, pas tant à sa stature élégante, portant manteau noir bien coupé et doté d’une épaisse moustache minutieusement entretenue, mais plutôt à l’air servile et incertain qu’ont les protagonistes égyptiens de ce qui devient « l’affaire du train de Port Saïd ». Le grand moustachu  parle un anglais scolaire. Il parle posément, respectueusement et m’explique que ses gens m’ont vu prendre des photos d’une zone militaire ! Je lui affirme que c’est faux et que je n’ai pris que des photos de l’intérieur du train. Je lui montre les photos prises,  et fais défiler les autres : l’oiseau Ibis et les vasques, zone militaire ? le canal d’eau douce, zone militaire ? le marchand de chaussure, pareil ?? Il ne peut retenir un sourire, me prend à part, et la main sur l’épaule, décrète que je suis un bon touriste : il essaye de m’expliquer que ses gens doivent tout surveiller. Je me calme un peu, lui mets aussi la main sur l’épaule (bien qu’il soit plus grand que moi), et il me propose de prendre le thé de la réconciliation dans son bureau. Ce que je fais volontiers, car mine de rien, j’en ai encore les jambes qui flageolent.

Le côté antique de son bureau ressemble à peu de choses près à celui de mon chef lors de mon embauche à mon premier boulot, à l’exception d’une représentation en métal repoussé en argent du Coran accrochée au mur et d’une télévision qui défile un programme sur les actualités. La conversation roule sur mon travail – « dans votre travail, vous avez occupé un poste de chef ! non ? » -  sur mes voyages « quel est le pays que vous avez le plus aimé » ; il est déçu car il aurait aimé que je dise « Egypte », mais je lui dis que pour moi, aujourd’hui, c’est le plus mauvais jour de mon voyage… Finalement, son thé n’est pas mauvais. Arrive là-dessus un adjoint auquel il explique (en arabe) mon affaire. Et avec le ton, les gestes et  les mimiques qu’il emploie,  je comprends qu’il désapprouve l’incident créé par ses crânes plats de subordonnés. On se fait quelques politesses et on rompt là-dessus, lui content de me voir calmé, et moi plutôt soulagé de voir « l’affaire » se terminer ainsi.

Pour le prochain incident, merci de m’apporter des oranges !

En sortant de la gare (la nuit tombe, et le froid est prenant), je vais direct à l’hôtel de la Poste. On me propose une chambre bruyante sur la rue à 95 EGP et une autre à l’intérieur à 75 EGP ! Devinez laquelle je prends ! La chambre est grande, mais il y a toujours ce satané frigo, énorme, trônant au milieu de la pièce, la gueule ouverte.

Aussitôt enfermé dans ma chambre, je déverse mon surplus d’adrénaline sur ce blog, et vais de ce pas au cyber café du coin pour vous faire partager cet épisode glorieux (ça ne vaut pas la bataille des pyramides, mais ça n’a pas été Aboukir…).

 


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Jean Paul C


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